9. Le journal de Michel Lefeuvre (suite)

Publié le par Marinette

Les rapports entre le corps et l'âme. L’Histoire (fin). Perception. Imagination
04 03 2016
2- Philosophie des sciences
Les rapports entre le corps et l’âme
(Lire davantage dans l’article que je viens de proposer (mars 2016) à la revue « Teilhard Aujourd’hui » et qui s’intitule : PERCEPTION. IMAGINATION. MEMOIRE. PENSEE )
Suffit-il à l’homme d’être neuronal, comme le pensait J. P. Changeux ? En fait il faut bien que les neurones soient à l’œuvre, mais cela ne suffit pas.
La vision
La perception
- Ce n’est pas mon cerveau qui perçoit les choses du monde, c’est moi.
- Notez la différence : 2 objets matériels entrent en contact. La loi qui régit ce choc est purement mécanique ; c’est celle de Newton[1]. L’œil par contre n’obéit pas au même type de loi : il entre bien en contact avec les choses qu’il voit, là où elles se trouvent dans l’espace, avec leurs caractéristiques particulières, leur forme, leur taille ; toutefois je me distingue personnellement  des choses que je vois par une sorte de recul, à savoir la conscience, à partir de laquelle je les perçois.
Je le répète : ce n’est pas l’œil qui voit, ce n’est pas mon cerveau qui voit : c’est moi-même. S’agit-il d’une simple illusion ?
- Pour être plus précis suivons ce qui se produit dans le cerveau.  Les vibrations lumineuses émises par l’objet éclairé atteignent à un moment donné la rétine, puis le cortex visuel situé au fond de la tête.  Elles continuent leur chemin, à travers l’hémisphère gauche,  jusqu’aux zones supérieures du cerveau : le préfrontal et le pariétal gauches. C’est alors que se produit dans le cerveau la perception de l’objet à la place de l’espace où il se trouve.
     Une dimension nouvelle de la réalité fait alors son apparition : le virtuel.  En effet, percevoir une chose c’est bien la percevoir réellement, mais non pas matériellement ; c’est la percevoir virtuellement. Autrement dit, c’est comme si l’esprit s’annonçait déjà.
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05 03 2016
3-  L’Histoire m’a toujours intéressé, autant que la philosophie des sciences, c’est pourquoi je reviens ici à elle... La question fondamentale commune étant la part du hasard et, pour l’Histoire, celle des Lois à une époque donnée.
    
Est-ce par hasard, à la suite du meurtre de l’archiduc d’Autriche à Sarajevo, que la guerre de 14-18 a éclaté, ou en raison de causes beaucoup plus profondes mais cachées, tenant à l’avancée des sociétés industrielles  à cette époque, entrant en concurrence les unes avec les autres ? Les deux à la fois, sans doute, les unes plus évidentes, les autres plus secrètes, tellement leurs ramifications sont nombreuses.
     Malgré ces contorsions de l’Histoire, l’Humanité avance, Les sciences progressent et, avec elles, les techniques, mais en vue de quelle fin, de quel objectif ultime ? Ne dit-on pas aujourd’hui que le robot est appelé à remplacer l’homme ? Et si c’était vrai, quelle fin glorieuse pour l’humanité esclave de ses ultimes progrès ! Que devient le roseau pensant de Pascal 
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06 03 2016
4 - Suite de 2 : la perception
Le cerveau, la pointe avancée du corps et de l’esprit. Les différentes opérations mentales qui lui sont reliées : la perception, l’imagination, les souvenirs, la pensée, la volition. Reprenons la perception...
Deux remarques importantes s’imposent :
1) Je regarde au loin les deux bords de la route ; ils semblent se rapprocher l’un de l’autre, alors que ce n’est pas le cas. Cette illusion ne peut être causée que par mon corps car si j’étais un pur esprit ils m’apparaîtraient toujours aussi rectilignes et toujours aussi distants l’un de l’autre.
2) autre constatation : si je suis au théâtre et que je regarde la scène, je sais d’emblée sans avoir à réfléchir que mon voisin observe le même spectacle que moi. La conclusion suivante s’impose : accéder à l’univers matériel en général, c’est accéder d’emblée à une certaine généralité, à une intersubjectivité. 
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07 03 2016
5 - L’imagination
On ne peut traiter de l’imagination sans faire  à notre époque référence à Jean-Paul Sartre, et tout particulièrement à son ouvrage intitulé  L’Imaginaire, publié pour la première fois en 1936.>
L’un des traits fondamentaux de l’œuvre est de démontrer que perception et imagination représentent les deux grandes attitudes irréductibles de la conscience. (L’Imaginaire folio. Essais. P. 231)
La conscience selon Sartre est néantisante. Le réel se présente comme le contraire du vide, c'est-à-dire comme le plein ; d’un côté le plein sans faille et de l’autre la conscience qui « néantise l’être ».
Evidemment c’est à cette conception nihiliste que s’oppose le Musée imaginaire d’André Malraux. Je réalise peut-être mieux que jamais aujourd’hui que c’est l’invisible, le fond même des choses, qui tend à se rendre visible par le truchement d’un grand artiste, le pinceau de Vermeer dans La vue de Delft, et le regard de Proust vers Le petit pan de mur jaune qui l’inclut. Tournés habituellement vers l’action, ou simplement vers notre simple présence au monde, nous voilons ce fond même des choses qu’un grand artiste peut rouvrir à notre connaissance. Ce n’est pas d’ailleurs seulement le grand artiste qui dévoile ce qui habituellement est voilé à notre connaissance, essentiellement orientée vers  notre adaptation au monde, c’est aussi le cas du scientifique au service de la science dans ses avancées les plus spectaculaires, je veux parler ici de la mécanique quantique.
     Selon la logique humaine, appuyée d’ailleurs par l’expérience habituelle, un objet matériel ne peut passer en même temps, au même instant, dans deux trous différents ; s’il passe par l’un il ne peut passer par l’autre. Or c’est ce que paraît bien démontrer l’expérience dite des trous de Young, corroborée, semble-t-il, par ce que l’on appelle  l’énigme du « chat de Schrödinger » qui semble à la fois, en même temps, être mort et vivant. Si l’énigme a été résolue en grande partie grâce à la théorie de la décohérence, il n’empêche pourtant pas qu’un certain voile obscurcisse encore notre connaissance, ce fond voilé auquel à sa manière le grand artiste donne par ses œuvres une certaine expression : l’imaginaire au secours du réel !
07 08 2016
Revenons à la perception pour mieux revenir à l’imagination : on a trop tendance à penser que la perception a pour fonction et pour finalité de nous faire connaître les choses et les objets  qui font partie de notre entourage ;  en fait il n’en est pas ainsi. La perception a pour fonction essentielle non pas la connaissance mais l’adaptation au milieu environnant auquel nous sommes présents par notre organisme et tout particulièrement par notre cerveau et par nos sens.
Ce que voile la perception pour des raisons utilitaires et pratiques, l’imagination lui donne libre cours. Elle entre en contact avec un non-dit auquel le grand artiste donne forme, que ce soit dans un art ou dans un autre. La grande création n’est pas pure fantaisie. Son originalité est toujours fondée, même si parfois elle surprend un regard habitué.

 

[1] La troisième loi de Newton : « l’action est toujours égale à la réaction ; c'est-à-dire que les actions de deux corps l’un sur l’autre sont toujours égales, et dans des directions contraires ». Ex : voir le choc de deux boules de billard l’une contre l’autre.

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