10. La création de l’embryon. Théories. I.

Publié le par Marinette

Le journal de Michel Lefeuvre (suite 10)

10 03 2016
Jacques Monod est aujourd’hui bien dépassé ; il n’en demeure pas moins encore comme une noble référence. Voici ce qu’il écrivait de l’embryogenèse, autrement dit de la construction progressive d’un être vivant dans le corps maternel, dans Le hasard et la nécessité (Points Seuil 1973. P. 143) : Cet  aspect très mécanique et même technologique ...mérite d’être souligné... tout cela est comparable à une machine-outil qui fait avancer cran par cran une pièce en train d’être façonnée, tout cela fait penser irrésistiblement à une chaîne de production dans une usine mécanique.
Depuis l’époque où J ; Monod écrivait ces lignes le temps a coulé et à la génétique s’est superposée l’épigénétique. Celle-ci n’a pas pour but de la déprécier mais de la compléter.

11 03 2016
Monod, Chandebois, Beljanski... et Fox Keller
J’en étais là de mes doutes sur la manière dont Jacques Monod concevait le rôle tout puissant des gènes – l’ADN – dans le développement de l’embryon quand je tombai par hasard dans le Quartier Latin à Paris sur un livre intitulé Le gène et la forme ou la démythification de l’ADN (Espaces 34. 1989). Son auteur, Rosine Chandebois, était professeur d’embryologie à l’Université de Provence – Aix-Marseille –. C’était la deuxième partie du titre du livre : la démythification de l’ADN, qui m’interpellait encore davantage : le contre-pied de ce qu’affirmait Monod dans Le hasard et la nécessité.
C’est en lisant ce livre extraordinairement dense et précis : Le gène et la forme , que je découvris pour la première fois le nom de Beljanski, un associé de Jacques Monod à l’Institut Pasteur, cité à plusieurs reprises :  Si l’on se refère au modèle de la régulation de l’activité des gènes (dans la régulation embryonnaire), proposé par Beljanski, il est permis de penser que (je résume) le modèle de Beljanski est bien supérieur à celui de Monod.  (Le gène et la forme p. 104). Si l’on se reporte à la manière selon laquelle les traits caractéristiques de l’embryon émergent progressivement au cours de l’organogenèse, on se rend vite compte, en effet, que le modèle présenté par Beljanski est bien supérieur à celui de Monod.

C’est un peu plus tard que je lus le livre : Ni Dieu ni gène, de Kupiec et de Sonigo, mais sans y découvrir un véritable intérêt.

12 03 2016
Loin d’être le chef de chantier de la formation des organes au cours de la grossesse, les gènes ne fournissent que des polypeptides, prémisses de protéines, dont l’embryon a besoin pour pouvoir se développer, mais pas davantage.
     Une telle importance accordée aux gènes a fait le titre d’un livre d’Evelyn Fox Keller, historienne et philosophe des sciences au MIT (Massachussets Institute of Technology) : le XXe s. aura été Le siècle du gène (Gallimard. 2003)
     Un gène ne sachant pas faire autre chose que fabriquer un ARN (acide ribonucléïque), on est bien loin de pouvoir lui accorder la capacité d’édifier un organisme tout entier. C’est alors qu’advient à l’esprit de certains généticiens l’idée d’une hiérarchie entre les gènes : gènes ordinaires, ou programmeurs.
     Mais détaillons : quelle est la fonction des gènes dans la construction de l’individu ? Que se passe-t-il au niveau de l’ADN, interroge Rosine Chandebois ? L’erreur fondamentale a été d’attribuer au vivant multicellulaire des connaissances valables seulement pour la bactérie, un être vivant unicellulaire. Ainsi on n’a pas réalisé la complication introduite dans le processus de la morphogenèse par le passage de l’état cellulaire à l’état pluricellulaire. (Le gène et la forme page 81)
      En quoi consiste donc le modèle Beljanski ? L’idée fondamentale est qu’un gène ou un groupe de gènes n’agissent jamais séparément mais toujours en fonction du contexte dans lequel ils se trouvent.
      Si l’on étudie d’un peu près la façon dont se forme progressivement l’embryon, on ne trouve pas le moindre argument pour étayer l’hypothèse d’un programme génétique du développement. (Le gène et la forme p. 47). Encore une fois ce ne sont pas les gènes qui construisent l’être vivant, comme le soutenait J. Monod. Si l’information génétique intervient bien, elle le fait dans le cadre d’un processus beaucoup plus large, qui l’englobe. Outre les gènes, l’information contenue dans le cytoplasme intervient pour les diriger comme il convient. De telles précisions de la part de Beljanski ne pouvaient aboutir qu’au choc frontal qui se produisit entre son supérieur, J. Monod, et lui, à l’Institut Pasteur.

La lecture attentive de Le gène et la forme m’incita à entrer en relations directes avec son auteur. Nous fûmes reçus, ma femme et moi, dans sa propriété de vacances de Lourmarin. C’est à partir de ce moment que des contacts, sinon réguliers, du moins fréquents, s’en suivirent. Quand elle venait à Paris j’allais l’attendre à la gare où nous déjeunions et discutions ensemble.

                                                                                                                            fin de cet article

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